Le Plaisir simple
Un plaisir simple. Cela peut paraître commun. Et pourtant, il est la clé d’un bonheur détaché de toute contrainte extérieure, ou presque. Mais comme il se perd ce plaisir simple ! Dévoré par les appâts lumineux de la consommation…
Je ne crache pas sur le plaisir de consommer, ce serait hypocrite. Le fil est mince entre la simplicité d’un plaisir, et sa complexité. Il n’est pas si évident qu’un plaisir simple soit abordable à toutes les bourses et qu’un plaisir compliqué soit forcément hors de prix. La valeur pécuniaire n’a au final que peu d’importance ici. Boire une bonne bouteille de vin a un coût. Boire un thé déjà moins. Et cependant, ces deux plaisirs peuvent être soit simples, soit compliqués.
Tout dépend de l’intimité du plaisir. Boire un excellent Condrieu avec une rigotte, seul ou dans l’intimité de proches, n’est pas le plaisir de boire la même bouteille de vin au milieu de 150 personnes, un serveur toujours prêt non loin de votre table. Dans un cas, le plaisir est intime, je reviendrai sur ce que j’entends par intime. Dans l’autre, le plaisir est autant dans le vin que dans le regard des autres. Je ne dis pas que l’on ne peut pas prendre de plaisir dans cette complexité. Je dis simplement que ce plaisir complexe nous dépossède de la maîtrise de l’instant de bonheur. Car en vérité, si l’autre ne veut ou ne peut participer à ce regard de reconnaissance, sociale par exemple, le plaisir est gâché. Le plaisir complexe est complet lorsque l’on se donne en spectacle à autrui et qu’autrui veut bien regarder. « Jouir de la foule est un art », disait Baudelaire. J’espère ne pas le trahir en disant qu’il est très difficile d’éprouver du plaisir dans la « foule » et souvent dans le plaisir qu’on voudrait en tirer, on s’y sent seul, sans y reconnaître de l’intimité. Sensation affreuse que ce décalage.
Ces plaisirs intimes, aussi multiples que les hommes le sont, se perdent, et aujourd’hui, beaucoup pensent que le plaisir ne peut être qu’ostentatoire. Cela est bien triste, car ceux là provoquent leur propre malheur le jour où, par la faute de choses qu’ils ne maîtrisent pas vraiment, chute sociale, manque d’argent, ils ne parviennent plus à éprouver aucun plaisir. Combien de gens désargentés vivent dans la frustration permanente parce qu’ils ne peuvent pas s’offrir une belle voiture ou dîner dans un grand restaurant ? Oui, bien sûr, tout cela doit être agréable, je ne vais pas mentir. Mais le plaisir simple est d’une telle plénitude et d’une telle richesse, que le reste semble bien fade et superficiel.
L’intimité du plaisir simple participe d’une esthétique. Là aussi il est question de représentation. Mais ce spectacle n’est donné qu’à soi même. Il se suffit à lui-même. L’orgueil du plaisir compliqué que l’on cherche dans le regard de l’autre se transforme dans le plaisir simple en sentiment esthétique. Difficile de décrire ce sentiment, parce qu’il se vit. Et tout un chacun peut le connaître. Il ne s’agit pas de savoir par coeur les « règles » de la beauté pour être « esthète ». Il s’agit de la vivre, cette beauté, et non de la catégoriser. Au contraire, et ce n’est là que mon avis, une beauté est d’autant plus émouvante qu’elle vous est inconnue, qu’elle vous touche sans que vous sachiez pourquoi. Un canapé, un café, un chat et Saint-Exupéry suffisent à me procurer un intense moment de bonheur. Un bonheur serein, un calme plein. Et j’éprouve le même plaisir sur une moto, devant mon Picasso préféré ou en plein soleil sur un banc de jardin.
Peu importe l’objet du plaisir simple. L’important est dans cette simplicité qu’il nous faut conserver absolument. Simplicité ne rime pas avec frugalité ou vie d’ermite. Tout est dans le cœur. Et quoi que vous pensiez peut être, que vous n’êtes pas capable d’éprouver ce plaisir et cette beauté intime, que vous n’avez pas cette sensibilité, donnez vous la peine d’être simple dans ce que vous aimez, et vous verrez. Si un jour, je ne vous le souhaite pas, vous perdez les moyens d’une vie « aisée », vous ne perdrez pas votre capacité à être heureux au travers de moments de bonheur d’une rare intensité. Et si un jour, je vous le souhaite, vous êtes immensément riches, vous ne deviendrez pas un de ces êtres désespérément malheureux qui ne comprennent pas que le plaisir acheté est bien éphémère et insipide s’il n’est vécu dans la simplicité.
Je ne crache pas sur le plaisir de consommer, ce serait hypocrite. Le fil est mince entre la simplicité d’un plaisir, et sa complexité. Il n’est pas si évident qu’un plaisir simple soit abordable à toutes les bourses et qu’un plaisir compliqué soit forcément hors de prix. La valeur pécuniaire n’a au final que peu d’importance ici. Boire une bonne bouteille de vin a un coût. Boire un thé déjà moins. Et cependant, ces deux plaisirs peuvent être soit simples, soit compliqués.
Tout dépend de l’intimité du plaisir. Boire un excellent Condrieu avec une rigotte, seul ou dans l’intimité de proches, n’est pas le plaisir de boire la même bouteille de vin au milieu de 150 personnes, un serveur toujours prêt non loin de votre table. Dans un cas, le plaisir est intime, je reviendrai sur ce que j’entends par intime. Dans l’autre, le plaisir est autant dans le vin que dans le regard des autres. Je ne dis pas que l’on ne peut pas prendre de plaisir dans cette complexité. Je dis simplement que ce plaisir complexe nous dépossède de la maîtrise de l’instant de bonheur. Car en vérité, si l’autre ne veut ou ne peut participer à ce regard de reconnaissance, sociale par exemple, le plaisir est gâché. Le plaisir complexe est complet lorsque l’on se donne en spectacle à autrui et qu’autrui veut bien regarder. « Jouir de la foule est un art », disait Baudelaire. J’espère ne pas le trahir en disant qu’il est très difficile d’éprouver du plaisir dans la « foule » et souvent dans le plaisir qu’on voudrait en tirer, on s’y sent seul, sans y reconnaître de l’intimité. Sensation affreuse que ce décalage.
Ces plaisirs intimes, aussi multiples que les hommes le sont, se perdent, et aujourd’hui, beaucoup pensent que le plaisir ne peut être qu’ostentatoire. Cela est bien triste, car ceux là provoquent leur propre malheur le jour où, par la faute de choses qu’ils ne maîtrisent pas vraiment, chute sociale, manque d’argent, ils ne parviennent plus à éprouver aucun plaisir. Combien de gens désargentés vivent dans la frustration permanente parce qu’ils ne peuvent pas s’offrir une belle voiture ou dîner dans un grand restaurant ? Oui, bien sûr, tout cela doit être agréable, je ne vais pas mentir. Mais le plaisir simple est d’une telle plénitude et d’une telle richesse, que le reste semble bien fade et superficiel.
L’intimité du plaisir simple participe d’une esthétique. Là aussi il est question de représentation. Mais ce spectacle n’est donné qu’à soi même. Il se suffit à lui-même. L’orgueil du plaisir compliqué que l’on cherche dans le regard de l’autre se transforme dans le plaisir simple en sentiment esthétique. Difficile de décrire ce sentiment, parce qu’il se vit. Et tout un chacun peut le connaître. Il ne s’agit pas de savoir par coeur les « règles » de la beauté pour être « esthète ». Il s’agit de la vivre, cette beauté, et non de la catégoriser. Au contraire, et ce n’est là que mon avis, une beauté est d’autant plus émouvante qu’elle vous est inconnue, qu’elle vous touche sans que vous sachiez pourquoi. Un canapé, un café, un chat et Saint-Exupéry suffisent à me procurer un intense moment de bonheur. Un bonheur serein, un calme plein. Et j’éprouve le même plaisir sur une moto, devant mon Picasso préféré ou en plein soleil sur un banc de jardin.
Peu importe l’objet du plaisir simple. L’important est dans cette simplicité qu’il nous faut conserver absolument. Simplicité ne rime pas avec frugalité ou vie d’ermite. Tout est dans le cœur. Et quoi que vous pensiez peut être, que vous n’êtes pas capable d’éprouver ce plaisir et cette beauté intime, que vous n’avez pas cette sensibilité, donnez vous la peine d’être simple dans ce que vous aimez, et vous verrez. Si un jour, je ne vous le souhaite pas, vous perdez les moyens d’une vie « aisée », vous ne perdrez pas votre capacité à être heureux au travers de moments de bonheur d’une rare intensité. Et si un jour, je vous le souhaite, vous êtes immensément riches, vous ne deviendrez pas un de ces êtres désespérément malheureux qui ne comprennent pas que le plaisir acheté est bien éphémère et insipide s’il n’est vécu dans la simplicité.
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